La joie se dissimule sous nos voiles de peine. Le corps de douleur prend la place du corps de joie. Endormis et inconscients de ce que la Vie agit en nous, identifiés à nos pensées et émotions, nous développons un corps de souffrance et perdons contact avec notre innocence et pureté de l’enfant libre que nous avons été. Ancrés dans nos habitudes ancestrales de regarder les feuilles qui tombent, nous oublions ce qui bourgeonne sans cesse en nous pour faire apparaître le nouveau. Réduits à l’état du penseur, nous activons les mêmes réflexes et nous interrogeons toujours sur ce qui va mal et regardons si peu ce qui va bien. Nous avons à développer une pédagogie de la joie qui nous amènera à retrouver ce que nous sommes vraiment, des êtres sensibles dont l’amour est notre qualité essentielle, celle de notre essence.
La joie, plus qu’une émotion fugace, est un état d’être profond et naturel. Elle nous fait savourer la plénitude de la Vie. Elle lui donne une saveur particulière, celle d’être vivants. Elle nous révèle notre puissance à exister. C’est cette joie de vivre qui nous fait ressentir pleinement notre humanité. Au-delà du plaisir, elle ne se recherche pas, elle se découvre à nous quand nous levons les voiles de l’oubli. Elle n’est pas liée à la satisfaction d’un besoin comme le plaisir peut l’être. Une fois le besoin satisfait, le plaisir disparait pour laisser la place à la recherche d’un autre plaisir. Le plaisir est éphémère, il ne dure pas. La joie est un ressenti profond qu’aucune épreuve ou douleur ne peuvent faire disparaître. Elle n’est pas liée à un évènement, une circonstance ou une personne. Elle est une force stable à l’intérieur de nous qui nous aide à traverser les expériences de la vie avec sérénité. La joie s’apprend. Pour cela, il faut d’abord désapprendre. Pas question ici de bonheur ou de malheur, la joie ne compare pas et n’étiquette pas.
La joie émane du cœur. Elle rayonne sur le visage du petit enfant. On peut la voir dans ses yeux. Elle irradie tout notre corps. Il devient lumineux, brillant d’un éclat d’innocence et de pureté.
La joie n’a pas d’excitation. Elle est posée, paisible et se répand en toute quiétude dans nos cellules. Elle nous révèle la beauté du monde, celle des êtres et la nôtre. Sans artifice, elle est simple et naturelle. Elle coule dans notre vie comme l’eau de la rivière, silencieuse et profonde dans son intériorité. Elle est la source à laquelle nous pouvons nous abreuver sans fin. Elle est de toute éternité.
J’ai longtemps cru que j’avais perdu la joie, cette joie de vivre qui me fait goûter chaque instant.  C’est en retournant dans mon intériorité qu’elle est réapparue petit à petit pour s’installer dans mon être plus confortablement. Ce n’était qu’une illusion. La joie était toujours là. Elle ne m’avait jamais quitté. Je l’avais abandonné au profit des expériences douloureuses que j’avais vécues.
La joie est béatitude, un état d’harmonie intérieure qui ne dépend d’aucunes circonstances extérieures. La joie n’est pas se sentir bien. C’est tout sentir. Elle est accroissement de notre être.

Parle-nous de la joie et de la peine – Khalil Gibran

Alors une femme dit : ‘Parle-nous de la Joie et de la Peine’. Et il répondit : ‘Votre joie est votre tristesse sans masque’. Et ce même puits d’où jaillit votre rire fut souvent rempli de vos larmes.
Et comment en serait-il autrement ?
Plus profondément la tristesse creusera dans votre être, plus abondamment vous pourrez le combler de joie. La coupe fraîche qui contient votre vin n’est-elle pas celle-là même qui fut brûlante dans le four du potier ? Et le luth qui apaise votre esprit, n’est-il pas ce même bois qui fut taillé à coups de couteau ?
Quand vous éprouvez de la joie, sondez votre cœur et vous trouverez que seul ce qui dans le passé vous a causé de la peine fait à présent votre bonheur.
Dès lors que la tristesse vous envahit, sondez de nouveau votre cœur et vous verrez qu’en vérité vous pleurez sur ce qui autrefois vous a rendu heureux.
Certains d’entre vous disent : ‘La joie est plus grande que la tristesse’, et d’autres de soutenir : ‘Non, la tristesse est plus grande que la joie’. Mais moi je vous dis, qu’elles sont inséparables. Elles marchent ensemble, et quand l’une vient s’attabler seule avec vous, n’oubliez pas que l’autre s’est assoupie sur votre lit.
En vérité vous êtes comme les plateaux d’une balance, oscillant entre votre joie et votre tristesse. Il faudrait que vous soyez vide pour rester immobile et en équilibre.
Lorsque le gardien du trésor vous soulève pour peser son argent et son or, vous ne pouvez empêcher votre joie ou votre tristesse de faire pencher la balance ».

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